La filière du végétal a perdu une partie de son activité durant le confinement, même si l'impact a touché de manière très différente fleuristes et paysagistes, par exemple. L’interprofession Val’hor, qui s'attend à la faillite de 7% des entreprises du secteur cette année, espère rebondir en misant sur l'appétence des Français pour les plantes et le Made in France.

Les bouquets de la fête des mères n'ont pas suffi à compenser les effets du confinement.  Le 14 octobre, lors d'une conférence de presse en ligne, Val’hor, l’interprofession française de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage, présentait les conclusions d'une étude sur les effets du confinement, menée par le cabinet d'audit PwC, auprès de 2.000 entreprises. Au global, la filière, qui représente un chiffre d'affaires annuel de 15 milliards d'euros, a connu une baisse de son chiffre d'affaires de 35% en mars, puis, de 28% en avril. Le mois de juin a été marqué par un quasi-retour à l'équilibre, suivi, en juillet d'une reprise très vive (+17%). En dépit de ce rattrapage, le chiffre d'affaires de la filière sur la période allant de mars à juin 2020 est inférieur de 14% à celui de la même période en 2019. Par ailleurs, observe Baptiste Bannier, associé chez PwC, «le confinement a été vécu très différemment selon les professions». Ainsi, les plus touchés, les fleuristes, ont perdu 39% de leur chiffre d'affaires, les grossistes 26%, les producteurs 17% et les entreprises du paysage 11%. En effet, notamment en fonction des mesures restrictives auxquelles elles ont été soumises, les différentes professions ont connu des niveaux d'activité plus ou moins soutenus. Ainsi, le secteur de la production (3.308 entreprises de pépiniéristes, horticulteurs...) a pu continuer à travailler, mais son activité a baissé, en raison d'un nombre de commandes inférieur à la normale. Les sociétés de commerce (18.932 grossistes, fleuristes, jardineries...) ont été les plus impactées. Troisième catégorie, les spécialistes du paysage (30.250 entreprises) ont poursuivi leur activité, mais de manière limitée, particulièrement pour ceux qui travaillent avec le secteur public. 

15% des fleuristes ont fait faillite

Pour la filière, les conséquences sont lourdes à plusieurs niveaux. Tout d'abord, 3.600 des 168.149 emplois que compte le secteur ont disparu durant les derniers mois, des CDD, mais aussi des contrats à durée indéterminée. Et les entreprises de production sont particulièrement touchées. Autre paramètre inquiétant, celui des cessations d'activité : 5% des 52.490 entreprises ont fermé leur porte. La profession de fleuriste s'avère sinistrée, avec un score qui s’élève à 15%. Face à la crise, le secteur s'est largement servi des outils mis en place par le gouvernement, avec des différences selon les caractéristiques de chaque métier. Dans l'ensemble de la filière, «le chômage partiel a été massivement employé», explique Baptiste Bannier. Près des trois quarts des entreprises y ont eu recours, de manière partielle, et même 66% d'entre elles pour la totalité de leurs salariés. Quant au Fonds de solidarité, il a été sollicité par 46% des entreprises. Et enfin, le PGE, Prêt garanti par l’État, a été demandé par 15% du secteur, et 38% des producteurs. La même proportion d'entreprises a eu recours au report de leurs cotisations sociales.

Autre sujet exploré par l'étude, la manière dont les professionnels ont – ou pas – adapté leurs pratiques. C'est le cas de 41% des entreprises, les autres ayant maintenu un mode de fonctionnement inchangé. Parmi celles qui ont cherché à innover, 16% se sont mises à réaliser des livraisons à domicile, et 13% des ventes en ligne. «Certains se sont mis à chercher de nouveaux clients, comme les paysagistes, souvent en BtoB qui se sont tournés vers les particuliers», précise Baptiste Bannier.

Des tendances sociétales encourageantes

Le constat est à moitié encourageant pour l'avenir. En effet, «44% de ceux qui ont fait évoluer leurs pratiques comptent poursuivre leur démarche», révèle Baptiste Bannier. Autre tendance positive pour l'avenir, le niveau d'optimisme des professionnels est plutôt haut, d'après l'étude, même si ce constat, réalisé entre mi-juin et mi-juillet, doit être tempéré par l'évolution actuelle de la situation sanitaire. A cette date, en tout cas, la moitié (49%) des entrepreneurs interrogés estime que la demande va rester stable, 23%, qu'elle va baisser, et 28%, qu'elle va augmenter. «Les jardineries sont les plus optimistes, alors que les paysagistes plus pessimistes que la moyenne», constate Baptiste Bannier. Ainsi, les trois quarts des jardineries s'attendent à une augmentation des achats, contre 22,5% des paysagistes.

Mais les craintes de cette profession ne sont pas spécifiquement liées au Covid. «Ils sont un peu inquiets à cause d'une tendance de fond, celle du ‘do it yourself’, où les personnes vont faire leur jardin elles-mêmes. Toutefois, ils restent les professionnels qui disposent de la plus grande visibilité, avec un carnet de commandes de trois à six mois. Leur crainte porte plus sur 2021 et 2022», décrypte Mikaël Mercier, président de Val’hor.  Au total, sur l'année, le secteur pourrait voir disparaître 5.500 emplois et 7% de ses entreprises. Mais la crise pourrait aussi constituer un nouveau départ pour le secteur qui a besoin de se moderniser, notamment en prenant le tournant du numérique. Car la crise a aussi révélé des dynamiques qui lui sont favorables : l'engouement des Français pour le végétal, vu comme participant à la qualité de vie, et pour le Made In France... 

25 millions d'euros pour le secteur 

Une aide spécifique, à hauteur de 25 millions d'euros a été prévue par le gouvernement, afin de compenser une partie des pertes des producteurs. «Nous avons l'assurance qu'ils vont être versés, mais deux points restent en négociation. Le pourcentage de baisse du chiffre d'affaires qui va servir de référence et la période», explique Mikaël Mercier, qui insiste sur le caractère «urgent» de l'aide.

Anne Daubree (DSI)