Redonner vie à Nice et à la darse de Villefranche-sur-mer au XVIIIe siècle, tel est le défi relevé dans Le Galérien de la Darse, paru chez Mémoires Millénaires.

Combien de fois passons-nous devant un tableau, un buste, en nous demandant quelle destinée ils évoquent, devant un lieu en rêvant à ceux qui y vécurent ? Les éditions Mémoires Millénaires sont nées de ce questionnement avec le lancement de leur premier opus, La 8e colline de Rome. Devant son succès immédiat, l'ouvrage est réédité à deux reprises et fait aujourd'hui l'objet d'un nouveau tirage entièrement revu et enrichi.

Il est temps d'y aller

"Découvrir, comprendre et faire revivre... Cemelenum." Qui était Julia Cornelia Salonina, veuve de l'Empereur Gallien dont la statue est l'un des joyaux des collections du site archéologique de Cimiez? A partir de cette interrogation et dans une constante volonté de crédibilité ancrée dans une collaboration avec les spécialistes, Ugo Bellagamba imagine un roman. Le remarquable site antique est présenté dans le dossier scientifique largement illustré : plan, visite, contexte au moment où, au IIIe siècle de notre ère, à la fin de la dynastie des Sévères, l'Empire risque de s'effondrer. Le Sud-Est de la Gaule, traversé par la Via Julia Augusta est prospère. Cemelenum, résidence du préfet, est construite autour de son forum avec le confort de ses thermes, un amphithéâtre, et, les constructions se développant, un four à chaux, lieux qui jalonnent l'action romanesque au moment où la communauté chrétienne se développe entre périodes de persécution et de tolérance. L'intrigue est finement conduite dans toute la sensible appréhension du quotidien, mais également de la pensée philosophique et religieuse de l'époque. "Chaque fois qu'un monde finit, la philosophie s'en saisit." Jusqu'à son dernier souffle, Cornélie Salonine restera une Auguste. Une méditation qui s'ouvre aussi vers notre temps.

Au temps des galères

On parle souvent -la série Angélique y a contribué- des razzias maghrébines, des marchés d'esclaves où sont vendus les prisonniers européens. On évoque moins les prisonniers musulmans connaissant le même sort sur les galères aux côtés des repris de justice, enchaînés avec eux au cœur de la chiourme, vivant dans les locaux du bagne quand les navires ne sont pas en haute mer. "La genèse du roman provient d'une déambulation dans les rues de Villefranche avec une amie, le jour où 'le Christ du galérien' a repris sa place dans l'église Saint-Michel, après restauration. Etait-il possible qu'il fut vraiment un galérien ou était-ce une légende urbaine ?"

L'imaginaire de Nicole Béthoux va parcourir les lieux que cette universitaire, membre active de l'association du Patrimoine Maritime de Villefranche connaît bien, le dossier scientifique étoffé, sous la direction de l'historien spécialisé Jérôme Bracq, évoquant les complexes relations de la Savoie et du Royaume de France, et le mode de vie au XVIIIe siècle. L'arsenal de Villefranche est la base navale de la monarchie sarde tandis que Nice est une place commerciale de premier ordre, multipliant les relations avec de lointains territoires, développant un artisanat de luxe. L'intrigue débute en 1715. Victor Amédée, roi de Piémont, veut se venger des "maudits pirates" qui écument la mer entre Marseille et Gênes et qui ont attaqué sa grande galère, la mettant à sac. Il faut réparer au plus vite et Claudio Cattaneo, le maître charpentier, doit trouver une solution. A Fez, la vie est douce pour le jeune Ahmed, menuisier dans l'atelier de son père et sculpteur très doué. Esprit vif, instruit, parlant et lisant aussi le castillan, sûr de son avenir, il va épouser sa jolie cousine Yasmine. Avant, il obtient de son père l'autorisation d'embarquer avec son cousin, sur un navire commercial entre Tétouan et Alger. Résilience, assimilation, droiture et courage paieront.